Février 2008

L'industrie vue par

Économie des sites de rencontres 101

Mathieu Laberge
Économiste à l’Institut économique de Montréal


Alors que plusieurs se préparent à célébrer la Saint-Valentin, on peut se demander : « pourquoi diable un économiste s’intéresserait-il au phénomène des sites de rencontres? » En effet, dans l’esprit de plusieurs, l’amour et la recherche d’un partenaire se situent à mille lieues des considérations économiques. Et pourtant! Une étude publiée par l’Institut économique de Montréal, à l’aide de données originales de Reseaucontact.com, démontre non seulement que les amateurs du flirt en ligne répondent aux incitations économiques, mais également que l’industrie s’adapte à de tels comportements. Voici donc un voyage dans le monde de l’économie des comportements sociaux…

Les dragueurs en ligne répondent aux incitations économiques
« Le temps, c’est de l’argent! » La plupart des économistes reconnaissent dans cet énoncé une des bases de l’analyse économique. En effet, on considère que le coût de renonciation, qui correspond à la valeur du temps d’un individu, équivaut en gros à son salaire horaire. Puisque leur temps vaut cher, les personnes qui ont un salaire horaire élevé tenteront de trouver des moyens qui exigent moins de temps pour obtenir un même résultat.

La drague traditionnelle est « coûteuse » en temps comparativement à la drague en ligne. Dans le premier cas, il faut se déplacer dans un lieu de socialisation, repérer les partenaires potentiels et les trier au fil des discussions. Les sites de rencontres permettent de diminuer le coût en temps de chacune de ces étapes de la recherche d’un partenaire. Conséquemment, on devrait trouver parmi les membres des sites de rencontres des gens qui essaient de « gagner » du temps : plus d’hommes, plus d’hommes dont la situation financière est aisée que de femmes dans la même situation et des gens généralement plus éduqués que dans la population en général.

Les données de Reseaucontact.com confirment ces « prédictions économiques » sur les membres des sites de rencontres. Du 15 décembre 2007 au 14 janvier 2008, 53 % des membres actifs de Reseaucontact.com étaient des hommes comparativement à 47 % de femmes. Il y avait également deux fois plus d’hommes que de femmes qui déclaraient que leur situation financière est aisée. Et même lorsqu’on tient compte des différences de scolarité liées à l’âge et au sexe, il y avait plus de diplômés collégiaux et universitaires parmi les membres de Reseaucontact.com que dans l’ensemble de la population.

Une autre prédiction économique est également confirmée par les données : compte tenu de leur « rareté relative », les femmes sont prisées sur le site. Les hommes sont donc plus disposés que les femmes à prendre le temps de rencontrer une partenaire lorsqu’on tient compte du niveau de revenu (Figure 1). On observe également dans cette figure que les personnes pour qui le temps a plus de valeur passent moins de temps par connexion que les personnes en situation financière moyenne ou précaire. Bref, ils sont économes de leur temps puisqu’il s’agit pour eux d’une denrée rare!

 
Figure 1 : Temps moyen par connexion selon le sexe et la situation financière 
 
   Source : Reseaucontact.com
 

L’industrie s’adapte aux incitations économiques des membres
Les sites de rencontres permettent de diminuer le coût de recherche d’un partenaire en réduisant le temps consacré à cette activité. Mais ce que peut nous révéler l’analyse économique sur cette industrie ne s’arrête pas là!
 
Comme les hommes sont relativement nombreux sur les sites de rencontres, ils ont besoin d’outils pour faire valoir des aspects moins apparents de leur « produit ». Sur Reseaucontact.com, les hommes peuvent se différencier de leurs concurrents en devenant « membre privilège », ce qui leur permet d’envoyer des messages personnalisés, tandis que les « membres visiteurs » ne peuvent envoyer que des messages préfabriqués. Comme ce comportement est particulièrement important lorsqu’on est confronté à une concurrence féroce, 22 % des hommes sont membres privilèges alors que seulement 11 % des femmes le sont.
 
De même, les sites de rencontres permettent aux membres de « signaler » la véracité des renseignements de leur profil en y ajoutant des photos ou en participant au vidéo-clavardage. La présence d’une photo semble d’ailleurs encourager l'honnêteté quant à l’apparence physique des membres. Par exemple, alors que 50 % des hommes sans photo se déclarent de « très bonne » apparence physique, cette proportion tombe à 44 % chez les hommes avec photo (la différence est similaire chez les femmes). En ce qui concerne le poids, 29 % des femmes sans photo se déclarent « minces » contre 23 % des femmes avec photo, alors qu’il n’y pas de différence dans la proportion d’hommes qui se disent minces avec ou sans photo (14 %).
 
Finalement, dans le contexte de l’analyse économique, l'outil « Jouez les Cupidon » permet de devenir un « courtier en relations amoureuses ». Un tiers peut ainsi mettre un ami en contact avec des membres de Reseaucontact.com en lui envoyant par courriel leurs profils.
 
En somme, la rationalité économique permet d’avoir un regard neuf, mais réaliste sur les comportements des membres des sites de rencontres. En ce sens, elle n’est pas qu’affaire de chiffres et de formules. Elle est profondément ancrée au cœur de l’être humain. L’industrie des sites de rencontres a bien reconnu cet état de fait en fournissant à ses membres les outils nécessaires pour faire de ces sites de véritables « marchés des relations amoureuses »!
 
L’étude complète peut être consultée sur le site de l’Institut économique de Montréal : http://www.iedm.org